|
|
![]() ![]() |
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
Expériences vécues
Sœur Anne-Marie Boucher, Saint-Louis-Gérard
Femme de contact aimable, de dévouement désintéressé et de compassion envers les malades et les démunis; femme au cœur aimant, désireuse de rendre les autres heureux, voilà, très brièvement résumé, ce dont témoignent les consoeurs de Sœur Anne-Marie Boucher que nous avons connue et aimée sous le nom de Sœur Saint-Louis-Gérard, nom de religion qu’elle a tenu à conserver jusqu’à la fin de sa longue vie. Selon le psaume 89, normalement, le nombre de nos années d’existence est de « 70 ans, de 80 pour les plus vigoureux » (v.13), mais vivre jusqu’à 100 ans et 4 mois, en toute lucidité d’esprit et tendresse de cœur, telle est la prouesse réalisée par celle qui vient de nous quitter, en ce 24 mars 2006, pour rentrer à la maison du Père. Elle nous laisse tant de beaux souvenirs, autant par ses notes personnelles que par ce que nous avons vécu avec elle, que nous aimerions, en ces moments de deuil et de tristesse, les partager avec ses frères, ses sœurs, ses belles-sœurs, ses neveux, ses nièces, qui l’ont spécialement affectionnée et si souvent visitée, même et surtout durant ses années de réclusion à l’infirmerie. Celle dont nous voulons évoquer la mémoire s’éveille aux réalités terrestres le 31 octobre 1905, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dans le compté de Kamouraska. Ses parents, monsieur Charles-Henri Boucher et son épouse, madame Alice Mercier, bénissent le Seigneur pour cette première enfant de leur famille qui, avec les ans, en comptera douze : six garçons et six filles. Le jour même, ils ne manquent pas de l’inscrire au registre des enfants de Dieu et de l’Église, par l’entremise de son parrain, monsieur Napoléon Beaulieu, et de sa marraine, madame Agnès Martin, qui la présentent à l’église paroissiale où elle reçoit, avec le baptême, les prénoms d’Anne-Marie. Sa mère, en fervente chrétienne, lui inculque les valeurs humaines en même temps que les principes religieux qui orienteront et guideront toute sa vie; elle la prépare à sa première communion, que la fillette fait à l’âge de sept ans, et à sa confirmation, à l’âge de dix ans. Anne-Marie écrit à ce sujet : « Je m’y préparais de mon mieux, et une des faveurs que je demandais à Jésus, c’était de faire une religieuse ». De même, madame Alice, une ancienne institutrice, initie elle-même sa fille aux rudiments du savoir. Quand, à l’âge de sept ans, la petite arrive à l’école, elle sait déjà lire couramment; elle avait même commencé à apprendre par cœur le petit catéchisme. « J’aimais passionnément l’étude, écrit-elle. Ma grande ambition était d’obtenir un diplôme et de faire la classe. Mais je n’ai pu réaliser mes projets : étant l’aînée de la famille, j’ai dû abandonner l’école à quatorze ans, pour devenir le bras droit de ma mère au foyer. Mon sacrifice fut grand, mais, pour ne pas faire de peine à mes parents, j’essayais de leur cacher mes désillusions. Je me reprenais en lisant le plus possible, dans mes rares loisirs, et en étudiant un peu la grammaire que j’aimais beaucoup ». Cependant, l’idéal de sa vocation la tracasse et elle se demande comment pourra se réaliser son projet d’avenir entretenu depuis son enfance. Quand, à dix-neuf ans, l’appel à la vie religieuse se précise et devient plus pressant, elle en parle à sa mère qui s’y oppose catégoriquement : « Je ne veux pas que tu partes », dit celle-ci. « Je fus très étonnée de cette réaction, car ma mère elle-même avait désiré assez longtemps devenir religieuse et disait souvent qu’elle serait heureuse d’avoir une religieuse parmi ses filles. Je ne répliquai rien, mais je commençai une neuvaine à la Sainte Vierge pour obtenir le consentement de ma mère. La neuvaine était à peine terminée que, à ma grande surprise, ma mère me dit : « Fais ce que le Bon Dieu te demande »… Ayant consulté mon oncle, alors curé à Sainte-Euphémie, il me dit que tout était providentiel et m’encouragea à ne pas différer de me rendre à l’appel divin ». C’est ainsi que, non sans appréhension, elle demande sans retard son admission au noviciat. En rappelant ce souvenir, elle écrit : « Je réalisais alors la grandeur du sacrifice de laisser les miens, en particulier me mère et ma petite sœur de trois ans que j’aimais tant. Toutefois, à l’heure du départ, j’étais forte et ressentais une grande paix et une grande joie dans la fine pointe de mon âme ». Le 15 août 1925, mademoiselle Anne-Marie Boucher franchit avec bonheur le seuil du noviciat des Sœurs de la Charité de Québec. « Dès le premier soir, écrit-elle, je me sentais chez moi, j’étais au comble du bonheur! Au cours de l’année du postulat, je m’ennuyais beaucoup de ma petite sœur Marguerite, mais jamais je n’ai eu l’idée de retourner en arrière. Mon admission à la vêture, en juillet 1926, me procura une joie indicible. Au cours de mon noviciat canonique, ma grande épreuve fut de croire que je n’avais aucune aptitude pour les œuvres de la communauté. ». Pourtant, sous le nom de Sœur Saint-Louis-Gérard, elle prononce ses premiers vœux annuels le 15 juillet 1927 et ses vœux perpétuels le 15 juillet 1932. Au lendemain de sa profession en 1927, sa première obédience la désigne pour la Maison-Mère, comme aide infirmière auprès des malades de l’infirmerie. On découvre en elle des qualités si exceptionnelles pour cette tâche, qu’on lui confie, l’année suivante et pendant neuf ans, les malades de l’Hôpital Civique, à Québec, et par la suite, ceux de l’Hôpital Laval pendant vingt-deux ans. En consultant la fiche signalétique de Sœur Saint-Louis-Gérard, il nous semble important de souligner que, durant son séjour à l’Hôpital Laval, en raison de ses années d’expérience auprès des malades et de ses succès dans la profession, en raison aussi des exigences moins rigoureuses à cette époque pour obtenir un diplôme de garde-malade, c’est à la suite d’un cours spécial en phtisiologie qu’on lui reconnaît le titre d’infirmière, en 1948. Ajoutons ici qu’elle consacre trente années additionnelles auprès des sœurs hospitalisées au Pavillon Notre-Dame de la Maison généralice, totalisant ainsi soixante et deux années consécutives de service généreux et bienveillant auprès des malades. On ne pourra jamais oublier son regard lumineux, ni son rayonnant sourire. Sa seule présence suffisait à rendre les autres heureux autour d’elle. « En 1936, écrit-elle, j’avais le bonheur d’assister à l’ordination sacerdotale de mon frère Donat-Jean et de recevoir sa première bénédiction. Sans pouvoir me rendre à Saint-Antonin (Rivière-du-Loup) pour sa première messe, mon bonheur n’en était pas diminué pour autant. Je ne cessais de remercier Dieu d’avoir daigné se choisir un prêtre dans notre modeste famille ». Ainsi se termine la rédaction de la première partie des notes personnes, écrites de sa main, et remises au secrétariat général vers 1940, en réponse à la demande des Autorités communautaires de l’époque. Par ailleurs, nous devons ajouter qu’un autre de ses frères, Alain, est aussi devenu prêtre. Selon l’annuaire général 2006 de l’Archidiocèse de Québec, l’abbé Alain, né le 5 décembre 1915, a reçu l’ordination sacerdotale le 11 juin 1949. Il vit présentement, comme retraité, à la Résidence Cardinal-Vachon, à Beauport. Partout et toujours, Sœur Saint-Louis-Gérard, dans son quotidien, met sa foi en la divine Providence, qui l’accompagne et l’assiste visiblement. Nous en avons la preuve par le fait suivant qu’elle raconte dans le détail, parmi tant d’autres. « En 1936, l’enfant Guy Robichaud, trois ans, était admis à l’Hôpital Civique, souffrant du croup. Officière du département de la diphtérie, j’avais à soigner cet enfant. Au cours de la nuit suivant son hospitalisation, on vint me chercher parce qu’il allait très mal. En effet, il ne présentait aucun signe de vie. Je demandai à Dieu de m’inspirer ce qu’il y avait à faire. Je pratiquai longuement la respiration artificielle, mais sans aucune réaction de la part du petit malade ». « Croyant que tout était inutile, je cessai pendant quelques instants, puis je recommençai avec confiance. Au bout d’un temps qui me parut très long, il y eut un léger souffle, à peine perceptible, ce qui m’encouragea à continuer, et peu à peu, les respirations devinrent plus longues et plus rapprochées. L’enfant restait inconscient, mais j’avais le pressentiment qu’il reprenait vie. Le médecin et les parents avaient été demandés. À la mère éplorée, le médecin dit : « Madame, faites le sacrifice de votre petit garçon, il n’y a rien à faire, il va mourir ». Après le départ du médecin, je dis à la mère : « Ne pleurez pas, ayant confiance, il ne mourra pas ». Cette parole l’a réconforta et elle s’en retourna rassurée. Un mois plus tard, l’enfant quittait l’hôpital. Cette dame n’a jamais su mon nom et nous ne nous sommes jamais revues. L’enfant grandit, sa mère lui raconta souvent ce qui s’était passé, cette nuit-là, et il désirait connaître la religieuse qui lui avait sauvé la vie. « Voilà que vers la mi-mai 1977, quelques jours avant la célébration de mon jubilé d’or de profession, je reçois un appel téléphonique d’un monsieur Guy Robichaud. Je ne me doutais pas qu’il s’agissait de l’enfant de trois ans que j’avais soigné à l’Hôpital Civique. Après beaucoup de recherches, il avait enfin réussi à me retracer, et me demandait si je pouvais le recevoir; il voulait absolument me voir. C’est ainsi que le soir du 21 mai, je recevais une gerbe de roses blanches, avec un poème dont voici la teneur dans sa touchante simplicité » : Tout comme il y a sur cette terre Guy Robichaud, l’Ancienne-Lorette. « Depuis, j’ai reçu sa visite plusieurs fois et nous sommes toujours heureux de nous revoir. Il me considère comme sa seconde mère ». En nota bene de son récit, Sœur Saint-Louis-Gérard écrit : « Monsieur Guy Robichaud est décédé le 26 juillet 1986, à l’Hôpital de Chicoutimi, à l’âge de 53 ans, après avoir bénéficié de cinquante ans de sursis ». Au lendemain de ce jour inoubliable du 21 mai 1977, chargé de souvenirs et d’émotions, d’action de grâce aussi pour les délicatesses du Seigneur qui permettent de si profondes joies, la vie continue, calme et sereine, pour Sœur Saint-Louis-Gérard, à la Maison généralice, comme infirmière au Pavillon Notre-Dame. Mais, en 1982, son état de santé l’oblige à restreindre ses activités. Tout de même, elle s’achemine vers la célébration de nouvelles fêtes jubilaires : ses noces de diamant en 1987 et ses noces de grâce en 1997. En 1999, en raison de ses forces déclinantes, elle accepte une chambre de malade au Pavillon Notre-Dame. Toutefois, elle continue de visiter ses consoeurs hospitalisées, d’être attentive à chacune, de les écouter, de compatir à leurs inquiétudes et à leurs souffrances. En 2002, on soulignera, dans la joie et l’action de grâce, ses 75 ans de profession religieuse et, en 2005, le 100e anniversaire de sa naissance. Et c’est le 24 mars 2006 que le Seigneur la convie aux noces éternelles. La liturgie eucharistique de ses funérailles est célébrée le lundi suivant, présidée par l’abbé Raymond Létourneau, aumônier de la Maison généralice, accompagné au sanctuaire de six concélébrants : les abbés Marcel Dion et Jacques Pelletier, respectivement aumônier et ex-aumônier de la Maison, l’abbé Alain Boucher, venu dire un dernier adieu à sa sœur religieuse, les abbés Philippe Poulin, Louis Paré et Albert Noël. Participent aux funérailles de nombreux parents et amis venus rendre un dernier hommage à celle qui nous quitte et, ensemble, nous prions le chant liturgique entonné par la chorale : Ouvrez-vous portes éternelles Oui, c’est près de Dieu maintenant que, par la foi et l’espérance, nous pouvons la rejoindre au Royaume de la paix, du repos, de l’amour et de la lumière. Nous prions pour elle, en rendant grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies en elle et par elle. Nous la prions aussi d’intercéder auprès de Dieu pour tous ceux et celles qu’elle quitte, en attendant la rencontre définitive qui nous réunira tous dans la félicité éternelle. Qu’elle chante sans fin la gloire de Dieu et repose éternellement dans la paix et la joie du Christ.
Source : Sœur Lucette Saindon, s.c.q. (Inséré le 4 avril 2007) |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
© Ordre régional des infirmières et infirmiers de Québec. 2005 |